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La répétition en poésie peut se faire sous forme de mots, de phrases ou des vers complets répétés mot pour mot. Ce peut être également un refrain qui revient dans le poème soit de manière identique à sa première apparition, soit avec de légères variantes. La répétition peut aussi se faire sous forme de sons, comme dans le cas des rimes en fin ou en milieu de vers.
Les trois formes de poèmes utilisant la répétition dont je veux vous parler dans ce texte sont les suivantes. D’abord, la sextine est une sorte de poème dont les mots sont répétés dans un ordre alternatif et complexe. Puis, je vous parlerai du pantoum, dont des vers entiers sont répétés. Finalement, il sera question de la fugue, une forme de poésie utilisant le refrain.
La sextine est un poème composé de 39 vers. Le poète sélectionne six mots qu’il positionne dans un ordre rotatif, selon le modèle ci-dessous. La sextine comporte également un envoi ou une septième strophe composée de trois vers avec deux des mots préalablement sélectionnés dans chacun des vers :
Première strophe : 123456
Deuxième : 615243
Troisièmes : 364125
Quatrièmes : 532614
Cinquièmes : 451362
Sixièmes : 246531
Envois/Septième : 25/43/61
Voici les deux premières strophes de Sextine par Elizabeth Bishop
La pluie de septembre tombe sur la maison.
Dans la lumière défaillante la vieille grand-mère
est assise dans la cuisine avec l’enfant
tout près du Marvel, le petit poêle
lisant des blagues dans l’almanach
riant et jasant pour cacher ses larmes.
Elle croit que, équinoxiales, ses larmes
et la pluie qui s’abat sur le toit de la maison
ont toutes deux été annoncées par l’almanach,
mais comprises seulement par une grand-mère.
La bouilloire en fer chante sur le poêle.
Elle coupe du pain et dit à l’enfant.
Et l’envoi :
Voici le temps de planter des larmes, nous dit l’almanach
La grand-mère chante au merveilleux poêle
et l’enfant dessine une autre impénétrable maison
Premier exercice d’écriture : Quatrain
Avant de faire plonger vos élèves dans la sextine, faites-les pratiquer en leur demandant de composer un quatrain, un poème de quatre vers de 8 à 10 syllabes par vers. Comme la sextine, le quatrain utilise des formes de répétition, soit des mots ou encore des sons (rimes).
Deuxième exercice d’écriture : Sextine
Rappelez aux élèves de sélectionner des mots simples ou encore des mots qui ont des homonymes pour leur première sextine. Faites leur écrire ces mots sur le côté droit de la page selon le modèle présenté plus haut, afin que les élèves soient constamment en train d’écrire quelque chose. Raconter une histoire ou encore décrire un événement qui nous est arrivé sont de bonnes façons de commencer l’écriture d’une sextine sans trop s’y perdre. Rappelez aux élèves que la répétition implique souvent des mouvements de va-et-vient. Chaque récit requiert de la flexibilité, par le fait même il ne faut pas s’enfermer dans l’histoire. Lorsqu’une telle situation arrive, cela peut devenir très frustrant pour les élèves. Voilà une bonne manière de débuter avec vos élèves, cela leur laisse également le temps de retravailler leur sextine à la maison.
La répétition dans un poème signifie qu’il y a un mouvement de va-et-vient. Dans la sextine, seulement des mots sont répétés. Dans le pantoum, ce sont des vers entiers qui sont répétés. Traditionnellement, le pantoum est un poème de quatre quatrains ou plus écrit en octosyllabes ou en décasyllabes, selon un schéma de rime abab. Plusieurs poètes contemporains écrivent leur pantoum dans un sans compter les syllabes et laissent tomber le schéma de rimes. Le modèle d’un pantoum à cinq strophes va comme suit :
Première strophe : 1-2-3-4
Deuxième : 2-5-4-6 ( Ici, les vers 2 et 4 sont répétés, mais les vers 5 et 6 sont nouveaux.)
Troisième : 5-7-6-8
Quatrième : 7-9-8-10
Voici un exemple par Charles Baudelaire.
Harmonie du soir
Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir,
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;
Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige;
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.
Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir
Du passé lumineux recueille tout vestige!
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
Son souvenir en moi luit comme un ostensoir!
Troisième exercice d’écriture : le pantoum
Les élèves peuvent écrire autant de quatrains qu’ils le désirent, mais je crois qu’un pantoum de quatre ou cinq vers serait suffisant. Cela permet à la figure de répétition d’avoir un momentum, mais s’en s’étirer trop longtemps. Demandez aux élèves d’écrire le modèle dans la marge de droite. Aussitôt que les élèves ont écrit leur première strophe, demandez-leur d’écrire les deuxième et quatrième vers dans la prochaine strophe, d’écrire les nouveaux vers, de poursuivre à partir de ce point en suivant le modèle et ainsi de suite.
La prochaine forme de poème que nous analyserons est la fugue. Voici le poème The Children are Laughing par Gwendolyn MacEwan:
C’est lundi est les enfants rient
Les enfants rient; ils se croient des princes
Ils ne portent pas de souliers; ils se croient des princes
Et leur royaume sale se soulève derrière eux
La ville sale se soulève derrière eux
Ils sont plus âgés que moi, ils ne portent pas de souliers
Ils ont vécu un millier d’années; les enfants rient
Les enfants rient et leur mort les attend
J’ai pleuré dans la ville (les enfants rient)
J’ai porté plusieurs couleurs (les enfants rient)
Ils sont plus âgés que moi, leur mort les attend
Je ne porterai pas de souliers lorsque les princes mourront
“En musique, la fugue est une composition polyphonique (pour plusieurs voix) riche en contretemps. Originaire de la musique de chorale, la fugue compte habituellement trois ou quatre voix.’’ (In Fine Form, p. 68). En poésie, la fugue utilise davantage de variations et de répétitions, comme en fait foi le poème ci-dessus. Les thèmes sont introduits dans les vers ou dans des segments de vers, qui sont par la suite répétés. L’utilisation de la répétition accentue le sentiment d’urgence.
La fugue est relativement ouverte au niveau de la forme. La principale obligation est d’avoir deux thèmes ou plus. Chaque thème doit contenir un vers ou une phrase qui est introduit assez tôt dans le poème et qui se répète tout au long de celui-ci.
Quatrième exercice d’écriture : l’imitation
L’admission, l’amour de la fête extrudée de
la courbe de peupliers, qui est une sorte de larme
(de “This” par Tim Lilburn, Kill-site)
Les élèves doivent imiter l’ordre des mots et le modèle de vers dans le poème ci-dessus, mais en utilisant leurs mots et images propres. Les élèves pourraient par exemple imiter des parties de vers comme « qui est une sorte de » afin d’écrire leurs poèmes de 3 à 6 vers.
Cinquième exercice d’écriture : la fugue
Pour cet exercice, demandez aux élèves d’écrire un poème où un vers ou une partie d’un vers est répété tout au long du poème (cette répétition peut tout de même contenir de légères variantes) Le vers doit être facilement repérable, mais peut être différent. Ainsi, à chaque fois qu’il sera lu ou entendu, le vers accentuera la tension tout en créant un sentiment de familiarité. Le vers doit être répété à intervalles réguliers afin de démontrer une certaine méthode et pour être partie prenante au rythme du poème. À la fin du poème, il devrait y avoir un effet de surprise afin de faire baisser la tension ou encore de l’accentuer davantage.
Lectures suggérées
Death Fugue by Paul Celan dans Paul Celan: Selections, ed by Pierre Joris, University of California Press: Berkley, CA, 2005
Kate Braid and Sandy Shreve, Ed. In Fine Form: The Canadian Book of Form Poetry, Polestar: Vancouver, 2005.
Mark Strand and Evan Boland, The Making of a Poem: A Norton Anthology of Poetic Forms, W.W. Norton, New York, 2000.
La poésie de Yvonne Blomer a gagné des prix et a été publiée internationnellement des des magazines tels que Seam, The Rialto, Grain et The Antigonish Review en plus de se retrouver dans The Best of Canadian Poetry en anglais publié par Tightrope Books ainsi que dans Rocksalt: An Anthology of Contemporary B.C. Poetry publié par Mother Tongue Publishing Ltd. Yvonne à obtenu une Maîtrise en poésie de University of East Anglia en 2006. Son premier livre, a broken mirror, fallen leaf a obtenu une nomination pour le prix The Gerald Lampert Memorial Award.
