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Les poètes ont de tout temps été intéressés par l’histoire de leur pays, spécialement au sujet des endroits où ils vivent et où ils ont vécus. Notre littérature poétique canadienne est remplie d’une multitude d’exemples, de poètes d’avant la Confédération jusqu’aux poètes contemporains, de poèmes rédigés en réponse à des évènements historiques. Une des raisons pourrait s’expliquer par la maxime qui dit que : ceux qui ne comprennent pas leur histoire sont condamnés à la répéter. Ou alors, peut-être est-ce parce que un peuple qui ne connaît pas sa propre histoire est une nation spirituellement pauvre. De toute façon, les poètes sont toujours intéressés par le monde dans lequel ils vivent et sont naturellement interpellés par l’histoire qui les entoure et qui imprègne les endroits où ils évoluent.
* Les élèves peuvent être encouragés à rechercher de la poésie qui a été écrite au sujet d’évènements qui se sont produits dans le passé dans leur région ou dans leur province. Par exemple, beaucoup de poésie a été écrite sur Louis Riel ainsi que sur la Rébellion de la rivière Rouge et la Rébellion du Nord-ouest ou au sujet de la déportation des Acadiens ou de la construction de la ligne de chemin de fer transcontinentale.
*La poésie qui porte sur l’histoire offre une excellente opportunité de se concentrer sur le local et le régional, et donc, de rapprocher la poésie de chez les élèves. Cela leur permet aussi de prendre conscience que ce qui se passe et ce qui s’est passé dans leur coin de pays alimentent la créativité des poètes. Cela offre aussi la chance d’encourager les élèves à écrire leurs propres poèmes au sujet d’évènements qui se sont produits dans leur localité.
La poésie canadienne est incroyablement riche en poèmes qui explorent notre histoire et ces poèmes nous aident souvent à apprécier le passé, les erreurs et les tragédies autant que l’héroïsme et les épreuves. Plusieurs de ces poèmes nous amènent à questionner nos perceptions et à repenser les croyances historiques généralement véhiculées et même, à questionner certains « faits ». Pour ne citer que quelques exemples : la poésie et la prose de Joy Kogawa qui traitent de l’évacuation des Japano-Canadiens de la côte ouest vers des camps de détention durant la Seconde Guerre mondiale nous aident à comprendre les injustices qui ont mené à des excuses publiques du Canada envers les personnes affectées. Dans la même veine, des poèmes de poètes comme Louise Halfe qui abordent les abus soufferts par les enfants issus des Premières Nations de plusieurs écoles ont aidé à développer une prise de conscience qui a mené récemment le gouvernement fédéral à des excuses de la part du Parlement envers ceux qui ont été abusés.
Les nombreux poèmes qui ont été écrits au sujet de la pendaison publique de Louis Riel en 1885 ont sans doute servi à modifier notre perception du leader métis et à questionner l’équité du procès et la sentence d’exécution. En d’autres mots, parfois, les poètes, à travers leurs poèmes portant sur des évènements historiques, peuvent nous aider à voir notre histoire sous une lumière nouvelle et parfois, peuvent nous aider à découvrir des vérités qui ont été cachées par le passé.
De la même façon, les poèmes qui nous décrivent les difficultés extrêmes et l’énorme courage de nos premiers explorateurs, nos premiers colons, les vagues d’immigrants qui ont quitté leur patrie afin de se faire une nouvelle vie au Canada nous aident aussi à apprécier nos aïeux et les sacrifices qu’ils ont faits afin de créer la vie que la plus part de nos contemporains canadiens ont la chance de connaître.
Il est intéressant de savoir qu’un poète canadien qui a servi dans les forces armées canadiennes durant la Première Guerre mondiale, lors de la bataille d’Ypres, a couché sur papier ce qui est devenu un des poèmes anglophones portant sur le sujet de la guerre, des plus célèbres et des plus souvent récités. Il s’agit de « In Flanders Fields » (Dans les champs de Flandre) du Colonel John McCrae. Malheureusement, l’auteur n’a pas vécu suffisamment longtemps pour savoir que les lignes qu’il a écrites allaient avoir un tel impact sur autant de gens. D’ailleurs, le poème lui-même a failli ne pas survivre à la bataille non plus, ce qui représente une histoire en elle-même. La plupart des élèves sont familiers avec ce poème, mais peu comprendront les circonstances et les motivations de McCrae pour l’écrire. Il s’agit donc d’une excellente possibilité pour les élèves de rechercher ce qui a inspiré ce poème, afin de mieux comprendre son attrait durable ainsi que sa place dans la littérature.
*Quelle belle façon, lors du jour du Souvenir, de s’assurer que les élèves connaissent John McCrae et son célèbre poème, autant que l’histoire fascinante derrière le poème lui-même. Le poème nous offre aussi l’opportunité d’explorer d’autres poèmes qui ont émergé d’une expérience de guerre.
Mis à part les poèmes individuels écrits sur des évènements ou des sites historiques, il y a plusieurs livres de poésie canadienne qui s’inspirent d’un évènement singulier ou d’une époque de l’histoire.
En voici quelques exemples :
* Chacun de ces recueils de poésie peut être d’un intérêt certain pour les élèves grâce à son sujet historique ou à son époque. Il se peut qu’il rejoigne également ce que les élèves ont étudié dans leur classe d’études sociales ou d’histoire.
* variations d’écriture
Les Beothuks étaient un peuple des Premières Nations qui habitaient Terre-Neuve au temps de l’arrivée en Amérique des premiers Européens. On les connaissait pour leur utilisation de l’ocre rouge pour peindre leur corps ce qui est probablement à l’origine de l’appellation Peau-Rouge utilisée à l’époque en Europe. Même si on croit que la première rencontre entre les Européens et les Beothuks s’est avérée pacifique, la situation a rapidement changé avec des contacts plus fréquents pour se transformer en des hostilités ouvertes. Les nouveaux arrivants ont éventuellement décidé de se débarrasser des premiers habitants et une politique non officielle de génocide culturel en a été le résultat.
À partir des années 1800, il ne restait qu’une simple poignée de Beothuk. Ils ont été troublés et amenés à l’extinction par l’invasion d’une succession continue de colons et de pêcheurs européens. Shanadithit, une jeune femme, a été la dernière survivante du peuple Beothuk lorsqu’elle s’est éteinte à St-Jean en 1829.
L’extermination d’une population entière, d’une culture distincte est un des chapitres les plus désolants de notre histoire et au moins deux poètes ont essayé de capturer le sens de cette tragédie en des poèmes séparés. D’abord, Al Pittman et son poème « Shanadithit », puis Sid Stephen et son poème « Elle est morte à St-Jean » (des Poèmes Beothuck). Dans chacun des cas, les poètes ont imaginé cette figure Beothuck datant de plus de 200 ans, la dernière représentante de son peuple, et les poèmes nous font entrer dans cette époque, plus près de l’histoire qu’on pourrait l’imaginer.
Sid Stephen imagine Shanadithit mourante dans la maison de John Cormack à St-Jean, amenant le triste récit de son peuple vers sa fin.
Son corps se raidit
dénudé de vie
tel un arbre dénudé par le feu,
créant le courant d’air
par lequel il se consume
par la vérité même
de son embrasement
Le brouillard est taché de rouge
alors que le soleil se lève au travers,
ses brûlures disparaissent
l’arc de son peuple
prend fin
dans une petite maison de pierres
surplombant le port.
*Notez la belle image du brouillard taché de rouge par le soleil levant, une allusion à l’ocre rouge prisée par les Beothuks, comme si mère Nature reconnaissait la signification de la mort de Shanadithit. Aussi, l’image de l’arc qui réfère au passage de la dernière des Beothuks et la triste ironie de sa mort survenant « dans une petite maison de pierres/ surplombant le port ».
Le poème “Shanadithit” d’Al Pittman, beaucoup plus long, se définit sur un ton plus personnel, conversant avec Shanadithit, imaginant qu’elle aurait pu avoir son âge et vivre à son époque, dans un passé immédiat, mais s’assurant au même moment que nous, lecteurs, réalisions qu’elle est histoire, autant celle du poète que notre propre histoire :
Vous ne saviez pas
que vous finiriez dans mon livre d’histoire de 7e année
n'est-ce pas?
Le poème de Pittman est en un sens une élégie pour Shanadithit et dans un autre sens une élégie pour son peuple, pour un passé qui ne peut plus être recapturé, pour un tort qui ne pourra jamais être réparé. Le corps de Shanadithit a été inhumé à St-Jean, mais sa tombe a été perdu par mégarde lorsque la ville a grandi. La tombe même de la dernière Beothuk est disparue de notre histoire, une ironie qui ne s’est pas perdue ni pour l’un, ni pour l’autre des poètes, mais spécialement dans « Shanadithit » de Pittman :
L’ouvrier qui a détruit votre tombe
pour construire sa partie de route
ne savait pas ce qu’il faisait, ne
savait pas que je me serais agenouillé
en signe de respect à cet endroit, pour vous aimer
et pour condamner votre mort dans la même prière.
Il ne savait pas qu’il ruinerait pour toujours
mon unique chance de m’approcher de vous.
Par conséquent, de quoi est-il coupable
sinon de me priver d’une indulgence
unique et désolante? Au moment
de mon histoire où j’aurais pu m’agenouiller
au-dessus de vos restes squelettiques et dire :
« Shanadithit, je vous aime ». Qu’a-t-il
fait, sinon vous épargnez la douleur d’un mensonge supplémentaire?
Repose paisiblement dans ta paix inquiète
et non, ne pardonne pas à ceux
qui s’introduisent contre toi.
*Ces deux poèmes devraient être lus par les élèves dans leurs entièretés, oralement et en silence, afin que les élèves puissent observer la structure de chaque poème. Le professeur et la classe devraient s’engager dans une discussion active pour comparer et différencier la façon dont Shanadithit est représentée par chacun des poètes. Est-ce que chaque poème propose une représentation sympathique? La représentation semble-t-elle réaliste? Comment chaque poète semble-t-il se sentir par rapport à Shanadithit, à plus de deux siècles de distance de leur sujet? Comment se sentent-ils au sujet de l’extermination du peuple Beothuk? Comment le savons-nous? Cherchez des mots et des expressions qui révèlent les sentiments du poète envers son sujet.
*Le professeur et la classe devraient réaliser une recherche sur le peuple Beothuk et leur disparition. Avec cette recherche, l’information amassée peut être utilisée dans un travail écrit.
*Imaginez un poème que Shandithit aurait pu écrire lorsqu’elle a réalisé qu’elle était la dernière survivante de son peuple, ou alors, près de ses derniers jours, sachant que sa mort signifie également la mort de toute une culture. Essayez aussi d’écrire un poème au sujet de Shanadithit à partir d’une autre perspective, celle de John Cormack avec qui elle a vécu, ou celle d’un membre de sa famille qui est mort avant elle, ou peut-être celle de l’ouvrier de construction qui a détruit sans le savoir, la tombe de Shanadithit.
*Qu’est-ce que ces deux poètes ont ajouté à notre connaissance et à notre compréhension de notre propre histoire? Croyez-vous qu’ils entendaient nous éduquer en choisissant un sujet historique? Pourquoi croyez-vous qu’ils ont écrits ces poèmes?
Glen Sorestad, un membre à vie de la Ligue et ancien professeur d’anglais au secondaire, est un poète qui a déjà publié dix-huit livres de poésie. Il a été le premier Lauréat de poésie de la Saskatchewan.